samedi, octobre 25, 2008

Un verre hors d'atteinte

Il y a trois semaines, je me suis trouvée à Dubai, dans le bar d'un hôtel en compagnie de deux collègues masculins à 01h00. Après 26 heures de voyage comprenant une escale à Londres, 14 heures de travail qui a commencé trois heures après mon arrivée aux Emirats, et si fatiguée que je n'étais plus fatiguée, je voulais bien un verre.

Mes collègues, arrivant au bar avant moi, buvaient déjà de la bière. Assise sur un canapé en velours, reconnaissante de la climatisation et l'ambiance sereine, je me sentais complètement dans mon élément. La serveuse est arrivée avec un menu et j'ai rapidement remarqué qu'il n'y pas une seule boisson alcoolisée sur la liste.

- Quel pays exotique ! le sarcasme sort un peu trop vite.
- Il faut juste demander un verrre, m'ont dit mes collègues. Ils servent de l'alcool mais il n'est pas sur le menu.

- Un kir royale, s'il vous plait.

La serveuse me regardait d'un air perplexe donc je lui ai expliqué comment transformer du champagne en kir royale. Elle écoutait et puis la gravité de ma demande a pénétré son cerveau, la lobe où se réside Allah.

- L'alcool ? a-t-elle répondu dans une voix douce et un peu anxieuse, ses yeux cherchaient une autre réponse. Je me demandais si son père était au courant de son choix de métier.

- Si vous en avez, oui.

Elle est partie et je l'ai vue parlant au barman, une jeune femme elle-même, et après une discussion qui a duré dix minutes, elle est revenue avec deux bières pour mes collègues et rien pour moi.

Est-ce que je me suis trompée de l'avion à Heathrow ? Je craignais un instant d'être à Riyadh. Non, j'aurais été déjà en prison.

Mon collègue arabe a compris que le délire allait bientôt m'arriver si j'étais privé de ce verre donc il a intervenu.

- EMIRA ! a-t-il hurlé à la serveuse.

Cette fois c'était moi qui a été choquée, ne sachant pas que Emira était bien son prénom, pensant qu'il l'avait appelé n'importe quel prénom féminin pour qu'elle réponde, et que son ton était trop dur. Mais en voyant mon regard horrifiée elle a attrapé le fou rire et lui aussi. Et moi après eux.

Il lui a parlé en arabe, elle est partie et est revenue quelques minutes plus tard avec mon kir royale parfaitement fait, en me jettant le mauvais oeil. Je vais brûler en enfer mais ce kir royale était le meilleur que j'ai jamais bu. Elles aurait dû ouvrir une bonne bouteille de la cave.

Le prix de ce petit plaisir - $40. Mais quand on sert le Diable, on ne compte pas.

8 commentaires:

AK47 a dit…

Hello Marsha,

Quand c'est bon faisons nous plaisir (avec modération).

A.

PS: J'ai envie de Champagne pour ce soir. : )

Julie a dit…

Surprenant ! J'ai du mal à imaginer ce qu'on peut ressentir, dans un tel moment. Je ne sais pas si j'aurais assumé, personnellement. Aujourd'hui, probablement, mais il y a un ou deux ans, certainement pas, je crois.

Ça reste un kir royal assez cher, cela dit. Le prix en dollars, plus celui de devoir insister et résister à la pression... Mais que ne ferait-on pas pour une coupe de champagne, n'est-ce pas ?

CManu a dit…

Et voilà comment le grand satan colonise les terres du prophète.

Finalement, avec de l'argent et un bon réseau tout s'achète.

dumè a dit…

j'aime assez ton humour ; merci de ces moments de fraîcheur !

masa a dit…

quelle histoire ! Au mois le Kir était bon ;)

marsha a dit…

ak47> J'espère que tu as trouvé un verre de champagne plus rapidement que moi !

julie> Bienvenue. C'est le kir royal le plus cher que j'ai jamais vu mais il y a probablement des hôtels / restos de luxe dans le monde où les prix sont pareils.

cmanu> C'est marrant car j'y ai rencontré des gens sympas et hyper drôles qui m'ont appelé le grand satan...en plaisantant, bien entendu.

dumè> Merci et bienvenue sur mon site (que je néglige ces dernières semaines).

masa> Coucou ! Je ne sais pas que j'aurait fait si le kir n'avait pas été bon.

Frédéri a dit…

Diable ! 40 $ le Kir Royal ???
Quelle aventure ...

Tatieva a dit…

Anecdotique mais tellement révêlateur ! Je ne sais pas comment comment j'aurais réagi, peut-être aurais-je renoncé à mon kir ? Peut-être, si mon humeur était au beau fixe ou dans un esprit de contestation, aurais-je insisté ?
Situation bien délicate, racontée avec beaucoup d'humour et de légèreté...